Partager l'article ! Lettre de France Bleue n° III: Avant la réponse des candidats et des experts aux questions posées par la coordination des associations environne ...

ECOLOGIE BLEUE
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![]() Patrick Criqui : quelles politiques ?Christian Brodhag : quelle gouvernance ? Cette lettre est une sorte de numéro spécial pré-présidentiel qui sera suivi d'une présentation des programmes des candidats sur les options ici débattues. La publication d'un rapport-clé sur les impacts du changement climatique, prévue le vendredi 30 mars avait été reportée sine die alors que la négociation bloquait pour des raisons politiques. La Chine, l'Arabie saoudite, la Russie et les Etats-Unis contestaient des paragraphes clés du "résumé à l'intention des décideurs" du rapport du Giec sur les impacts du réchauffement. La Chine s'est ainsi opposée à un paragraphe soulignant "le risque très élevé, basé sur de nombreuses observations et preuves dans tous les pays et la plupart des océans, que de nombreux systèmes naturels soient affectés par les changements climatiques". Cette contestation se retrouve également en France où la sortie médiatique de Nicolas Hulot a parfois eu cet effet paradoxal de faire reposer le débat sur des bases politiques au lieu de permettre une juste appropriation des enjeux sur la base d'un constat scientifique quand il est possible, puis d'un débat politique réel et non virtuel sur les moyens. Or, la réalité passe par les différences de programme entre candidats, non par la confusion monocolore et les non-décisions. Les non décisions prennent en général le visage de moratoires qui, certes, ont parfois leur intérêt... à condition d'en sortir un jour... Plusieurs réflexions à ce stade. 1. D'abord, le fonctionnement du GIEC pose problème. Il n'est pas possible d'établir un constat scientifique alors qu'une gouvernance mondiale adaptée à la situation n'existe pas. Nous aurons l'occasion d'y revenir, notamment pendant les négociations internationales qui viennent. Au finish, après une nuit entière de débats, de nombreuses discussion et tractations, les experts du groupement intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) ont dévoilé le vendredi 6 avril, un rapport qui constitue un message alarmant aux dirigeants de la planète malgré les forces modératrices dont il a fallu tenir compte. C'est dire l'urgence... Au final, ce rapport est le plus complet sur les conséquences du réchauffement du climat lié à la production de CO2 induite par l'homme. Ainsi, une augmentation des températures, de 2 à 3 degrés Celsius supérieures à celles observées en 1990, les experts estiment que près de 20 à 30% des espèces mondiales, végétales et animales, devraient faire face à un risque d'extinction définitive. Les plus pauvres seront de plus les premiers touchés, ce qui accroîtra les tensions résultant des flux migratoires. Ce document fait également ressortir pour la première fois l'importance de la question de l'eau en tant que cause, démultiplicateur et conséquence. L'Amérique du sud devrait perdre la moitié de ses terres agricoles à cause de la sécheresse, l'Amérique du Nord sera exposée à des épisodes de canicule plus fréquents et plus intenses, ainsi qu'à de nouveaux cyclones. L'alimentation en eau douce de l'Asie sera compromise par la fonte des glaciers de l'Himalaya et la sécurité alimentaire de l'Afrique est "sérieusement compromise" pour l'avenir. Les populations les plus touchées seront celles où le rechauffement se fait le plus sentir, à savoir les régions arctiques, sub-sahariennes, et les régions côtières exposées à la montée des eaux. Les chiffres sont alarmants. D'ici 2080, 3,2 milliards d'humains pourraient être confrontés à une sérieuse pénurie d'eau et près de 600 millions pourraient souffrir de la faim. Ce document sera présenté à l'occasion de la prochaine réunion du G8 en Allemagne, en juin prochain. 2. Cette situation a conduit plusieurs associations écologistes indépendantes à poser de vraies questions aux candidats, dont au moins deux.
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Patrick Criqui : Quelle politique carbone de la France et de l'Europe pour limiter l'effet de serre ? |
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Patrick Criqui Économiste, Directeur de Recherche au CNRS, directeur du LEPII, Laboratoire d’Économie de la Production et de l’Intégration Internationale, Université de Grenoble - CNRS Participe à ces titres aux travaux d'expertise qui alimente la réflexion de la Communauté Européenne Membre du comité de veille écologique de la Fondation Nicolas Hulot, ayant participé à la rédaction des propositions et notes du Pacte Ecologique
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Christian Brodhag : Quelle organisation gouvernementale pour s’assurer de la prise en compte des exigences d’un développement durable ? |
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Christian Brodhag Délégué interministériel au Développement Durable Le développement durable a longtemps été considéré, au mieux comme un avatar de la protection de l’environnement, au pire comme un concept fourre-tout, vague et peu opérationnel. Pourtant, le développement durable en ce qu’il consiste d’abord à se préoccuper des conséquences sur le long terme des décisions de court terme et pour cela à mener des politiques cohérentes et intégrées est aujourd’hui devenu incontournable. Quelques exemples : (i) notre mode de développement économique basé sur une consommation immodérée des ressources naturelles, conduit maintenant à des pressions telles sur notre environnement qu’elles peuvent remettre en cause nos modes de vie mêmes (changement climatique, épuisement des ressources naturelles et des écosystèmes, perte de biodiversité, etc.) ; (ii) l’accumulation des dettes publiques compromet la capacité de développement des générations futures, précisément au moment où la compétition mondiale s’exacerbe ; (iii) en l'absence de maîtrise foncière des collectivités territoriales, la poursuite de l’étalement urbain crée un risque significatif au plan social (augmentation substantielle pour les ménages et la collectivité des coûts de transports) et environnemental (gaspillage d’énergie, émissions de gaz à effet de serre, etc.) ; (iv) le manque de solidarité nord-sud induit des risques de déstabilisation de certaines régions. Toutes ces questions ne peuvent être résolues séparément mais appellent une approche cohérente et coordonnée, notamment dans une perspective de changement des modes de production et de consommation. La stratégie européenne de développement durable, reprise par la stratégie nationale française actualisée en novembre 2006 met ainsi en exergue sept thématiques clef. Le développement durable est désormais intégré dans notre Constitution. L’article 6 de la Charte de l’environnement stipule ainsi que : « Les politiques publiques doivent promouvoir un développement durable. A cet effet, elles concilient la protection et la mise en valeur de l'environnement, le développement économique et le progrès social. » Après les premiers tâtonnements et fort d’une expérience de cinq ans d’intégration du développement durable dans les politiques publiques au travers notamment de la Stratégie Nationale de Développement Durable (SNDD 2003-2008), le moment est désormais venu de repenser l’organisation des pouvoirs publics pour répondre le plus efficacement possible à cet engagement constitutionnel qui implique et à l’intégration du développement durable dans toutes les politiques publiques. Le développent durable : une dimension transversale qui impose dans l’organisation gouvernementale un positionnement interministériel auprès du Premier ministre Dans l’organisation gouvernementale actuelle, le développement durable est rattaché au ministère de l’écologie, ce qui est source d’une double difficulté : d’une part, cela tend à réduire le développement durable à la seule protection de l’environnement, alors qu’il s’agit d’un processus visant précisément à mettre en relation protection de l’environnement, développement économique et développement social ; d’autre part, cela ne permet pas l’intégration du développement durable dans toutes les politiques publiques[1]. Seul un positionnement de la politique de développement durable à un niveau structurellement interministériel, c’est-à-dire directement rattaché au Premier ministre, que ce soit au titre d’un vice Premier ministre ou d’un ministre délégué (ou d’un Secrétaire d’Etat) chargé du développement durable auprès du Premier ministre, et totalement déchargé de toute responsabilité sectorielle, permettra de donner sa réelle mesure à la politique de développement durable. C’est d’ailleurs le schéma retenu par la Commission de Bruxelles qui a rattaché la politique de développement durable non plus à la DG environnement mais au Secrétariat général. Une réelle capacité à influer sur toutes les autres politiques publiques Un des écueils à éviter d’emblée serait de créer une « fonction alibi », dénuée de toute autorité et de tout moyen d’actions vis-à-vis des ministères sectoriels. En termes de développement durable la campagne présidentielle a fait naître de grandes attentes (cf. notamment le Pacte de N. Hulot). L’opinion publique, de plus en plus sensible à ces questions, ne comprendrait pas qu’une fois les élections passées, on en revienne aux errements antérieurs. Pour ce faire, le titulaire de la fonction « développement durable » devrait à la fois disposer des compétences institutionnelles précisées dans son décret d’attribution, lui permettant de faire valoir son point de vue dans les arbitrages interministériels, notamment par une attribution large du contreseing sur les textes réglementaires ( décrets, arrêtés, etc..) et de services, lui donnant les moyens de peser réellement dans les négociations interministérielles. Ces services devraient lui permettre à la fois de mener : - des actions opérationnelles : La responsabilité de l’élaboration, de l’animation et du suivi de la SNDD (qui doit être révisée d'ici 2008) ;Le pilotage des projets transversaux de la SNDD qui impliquent plusieurs ministères; et l'organisation des débats publics correspondants. Il pilote ainsi directement les actions relevant de l’Etat exemplaire (éco responsabilité, marchés publics et développement durable), les politiques de gestion de compétences (formation), le reporting des administrations, les pratiques innovantes de projets inter administration, la gestion des connaissances (knowledge management), les pratiques de qualité et l’utilisation des normes… La validation des études d'impact économique, environnementale et sociétale réalisées par les différents ministères à l'appui de leurs propositions législatives. Il doit pouvoir, en tant que de besoin, mener des études d’impact ex ante sur les projets de lois et règlements en termes de « durabilité », ainsi que d’évaluations ex post pour proposer des infléchissements des politiques publiques. A cette fin, il s'appuie sur les corps d'inspection existants ; L'analyse du projet de loi de finances du point de vue du développement durable, notamment par la mise en chantier d’un document de politique transversale relatif au développement durable et d’une procédure assurant la cohérence des objectifs de la LOLF et ceux du développement durable ; Les propositions d'arbitrage lorsque les points de vue des ministères sont divergents; La définition des stratégies territoriales de l'Etat en région, la définition et le suivi des contrats de projets Etat-Régions ; La détermination et le suivi des obligations des entreprises relevant du développement durable ; l'organisation de partenariats avec les acteurs économiques. Les moyens de contrôle des politiques suivies ; Le suivi de l’action européenne et internationale de la France dans ces domaines - des réflexions prospectives et stratégiques pour anticiper et prévenir les conséquences sur le long terme des décisions et des choix du moment. Les différentes instances gouvernementales d’analyse stratégique et prospective pourraient ainsi lui être rattachées. [1] Dans l’organisation actuelle, quel peut être le poids d’un ministre de l’écologie et du développement durable sur la résorption des déficits publics (Etat, organismes sociaux, collectivités,…), alors que c’est précisément un des enjeux majeurs d’une politique de développement durable en France. |
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